La Fresque oubliée de Roquemartine

CCI27112015_0005Le Château de Roquemartine à Eyguières

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CCI27112015_0006Vestiges du Château

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Après les Baux, le site de Roquemartine est sans doute le plus beau site castral de la région. Actuellement, le château n’est malheureusement qu’une ruine, quelques pans de murs encore debout.
Il se trouve sur la commune d’Eyguières du côté nord. Les restes du château son perchée sur une éminence rocheuse (214 m) à l’extrémité du massif du Défens.
Idéalement placé, il jouissait d’une position stratégique de premier ordre, il permettait de contrôler les voies de circulation. Tout d’abord un fortin au XIeme siècle, qui fut détruit entièrement en 1222 par Raymond Bérenger V, qui ensuite donna le site à Alberta de Tarascon un de ses lieutenant, seigneur de Lagoy, ainsi qu’un droit de péage, lui assurant de substentiels revenus, puis il reconstruisit le fort. Maintes fois dans les années 1384, 1393/94, de nouveau en 1398. En 1586 de nouveau attaqué et endommagé.

L’église

CCI27112015_0009L’église proche du château

Sur le versant sud, les vestiges d’un magnifique lieu de culte effondré. L’église St Sauveur, jadis Sainte Marie. Elle est convenablement orienté Est-Ouest.
La toute première église fut construite en l’an 1000, agrandie au XIIeme siècle, détruite en 1222 avec le château. Elle fut reconstruite en réemployant le mur côté nord. La deuxième version avait une nef de belle hauteur et deux travées avec un chevet pentagonal. Elle était adossée au mur d’enceinte du rempart protégeant le château. L’accés se faisait par une ouverture donc par l’intérieur de l’enceinte. Plus tard une ouverture sur le côté sud fut construite, elle était protégée et pouvait être barricadée par des poutres.
Ce sont les troubles de la fin du XIVeme siècle qui entrainèrent la disparition de la travée occidentale de la nef, qui ne fut plus rebâtie au XVeme siècle, au côté sud deux chapelles latérales furent construites. Ces deux chapelles de tailles inégales, la plus imposante fut dédiée à St Symphorien et l’autre devint celle de la famille Albe.
En 1628 pendant les guerres de religion, les textes la décrivent en ruine, et fut de nouveau restaurée et resta paroissiale jusqu’à la période révolutionnaire, délaissée et sans entretien elle s dégrada et fut de nouveau restaurée en 1828 par le Marquis de Roquemartine. Elle fut pillée en 1857 par une bande de brigands. Pendant la guerre 14/18, elle fut encore endommagée, elle servie de cantonnement à des zouaves.
Sa voute principale s’effondra en 1956.
Actuellement, le spectacle de cette église est navrant, des trous dans le sol, les colonnes du chœur sans doute volées par des gens qui pensent aimer l’histoire et le patrimoine.
Dans une des deux chapelles latérales, je ne dis pas laquelle volontairement, il y avait une superbe fresque représentant la crucifixion.
Elle fut découverte par mon ami JM, le même personnage que dans l’article sur « l’étrange pierre ».

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Le pigeonnier situé au nord-est du château

Nous sommes en 1984, mon ami restaure de vielles chapelles et d’anciennes églises avec son association et ses élèves, (Maussane, Paradou, St Etienne du Grés, Aureille, Mouriés, Vacqueyras, St Trophime). Un beau jour de mai, avec six de ses apprentis, il décide de leur faire visiter les ruines du site castral de Roquemartine à Eyguières, son château, son pigeonnier et sa chapelle. Après plus de deux heures d’explication sur l’architecture, du château et de l’église, en passant dans une des chapelles latérales, il lui semble apercevoir sur un des murs des d’infimes fragments de peinture. Ultérieurement lorsque mon ami m’a fait voir le mur, je n’ai rien vu, absolument rien, il faut dire que comme d’habitude pour les découvertes, je ne suis pas doué.
Photo du Pigeonnier
Suivant son instinct, il sortit de son sac à dos, une bouteille d’eau, et aspergea le mur en question. Je raconte en détail ses faits et gestes car il a fait la même chose quand il m’a emmené sur place.
Et là, le miracle arriva, au contact de l’eau, la calcite qui recouvre la peinture et la rend invisible s’estompa et laissa apparaitre une fresque d’environ 0.60 m x 0 ,90 m de hauteur.
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La fresque

Une très belle scène de la crucifixion du christ, avec le christ en croix placé au centre avec du côté droit la vierge et du côté gauche, St jean. Proche de Marie, un tout petit personnage à tonsure drapé par son vêtement. En partie haute au dessus du christ entre la partie verticale de la croix, à droite une lune, à gauche un soleil se faisant face. L’aspect dramatique de la scène est accentué par la mine affligée des personnages. Les couleurs semblaient intactes, seuls le bas de la scène était abimé par l’humidité, et à certains endroits les joints des pierres apparaisaient.
Cette fresque est remplie de symboles, les personnages, leur position sur le tableau, la croix, sa forme, le bout des branches. Les clous, les nombreuses gouttes de sang qui tombent des mains et du flanc du christ ainsi que la lune et le soleil. Le fond du tableau est de couleur claire et parsemé d’étoiles. Bref, les passionnés de symbolisme vont se régaler.
La partie hilarante est à venir.
Après concertation, nous décidâmes de prévenir la DRAC (direction régionale des affaires culturelles). Plusieurs coups de téléphone, plusieurs semaines d’attente et le RdV fut pris. Le jour J, sur place un véhicule arrive, plusieurs personnes dont une femme descendent sapés comme jamais (nous avons appris par la suite qu’ils allaient à une inauguration). L’église n’est pas bien loin ni haute mais il faut marcher une dizaine de minutes.
Bonjour, bonjour , la dame demande à JM « avez-vous un 4×4, avez-vous de bottes ?, précision la dame avait des talons haut. La réponse fut non, bien entendu. Doucement nous arrivons à l’église puis devant le mur ils se mettent à essayer de trouver la fresque. Mon amis comme précédemment sort de son sac une bouteille d’eau est commence à asperger le mur, immédiatement la fresque apparu dans toute sa splendeur. Pas de réaction si ce n’est « vous auriez dû mouiller avec du White spirit » On est resté tous les deux sur le cul, du white sur des peintures anciennes, si on veut les détruire, il faut suivre leur conseil.
Nous , pauvres ignorants passionnés espérions des infos, une datation, des questions, rien de cela, les seules paroles furent « il faudrait faire confectionner une porte métallique pour protéger le site ». Comme si nous étions les propriétaires.
Bon, après la scène digne de Pagnol, tout ce petit monde est allé déguster des petits fours, et nous deux sommes restés sur notre faim (sans petits fours).
Depuis le temps a passé, rien n’a été fait, cette merveille subit les outrages du temps, aucune parution, aucune intervention n’a été faite pour préserver « la trouvaille ». Bien sûr de notre côté, mon pot et moi avons cherché et trouvé certaines significations. L’œuvre date sans doute du début XVeme siècle, la symbolique peut faire penser à la fin de l’ordre du Temple (lune et soleil).
Nous espérons que vous aurez beaucoup de temps pour peut-être trouver les réponses que nous n’avons pas eu.
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CCI27112015_0011L’intérieur de l’église

 

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