Le Rhône d’Ulmet et la lône de Parade

1Une lône

Une lône (launes ou lone) est un mot généralement employé pour désigner un endroit qui est en eau, un ancien bras du Rhône. Il est utilisé aussi dans notre région pour nommer certains marais raccordés au fleuve.

Lone de Parade 3La lône de Parade (carte de Flour faite en 1638 corrigée ensuite par Vort-camp en 1656 )

2 - CopieLa Lône de Parade (carte de Flour faite en 1638 corrigée ensuite par Vort-camp en 1656 )

Tour de VallatParcours du bras d’Ulmet

Située en Camargue, à l’Est du Vaccarés en dessous le mas de Romieu. Le nom de Parade vient de la très ancienne famille de l’Estang de Parade propriétaire du mas de la Tour de Vazel depuis le XVeme siècle, situé au sud de la lône.

Un document du fond ancien de la médiathèque d’Arles parle de cette lône en 1617, ensuite, la carte de Flour faite en 1638 corrigée ensuite par Vort-camp en 1656 nous montre la roubine de l’Aube de Bouic qui fut creusée en 1624 dans le lit de l’ancien Rhône d’Ulmet, qui alimentait cette lône qui parait avoir une superficie d’au moins une cinquantaine d’hectares, ensuite la roubine chemine pour arriver jusqu’à l’étang du Fangassier.

On peut aisément en déduire que 7 années avant le creusement de la roubine de l’aube de Bouic, la lône existait déjà, et qu’elle était alimentée régulièrement. C’est forcément grâce au Rhône d’Ulmet quelle était en eau.

Dans un précédent article intitulé « Le bras d’Ulmet était-il navigable dans les années 1590 ? », j’émets l’hypothèse que le bras d’Ulmet était encore navigable au moins jusqu’au mas de Romieu dans les années 1590.

Nous savons que depuis le XIeme siècle, la Camargue est sillonnée de roubines et canaux en tous genres, et que les principales avaient un gabarit qui permettait la navigation d’embarcations imposantes, en particulier pour le transport du sel. Actuellement les dimensions (largeur et profondeur) des canaux sont beaucoup plus restreintes, n’ayant plus de transport par les voies navigables, leurs fonctions (assèchement et irrigation), ne nécessitant pas les mêmes proportions.

La roubine de l’Aube de Bouic (le peuplier de Bouic)

Un acte de 1628, nous apprend que par une délibération du conseil de la communauté d’Arles tenu le 14 juillet 1624, les sieurs Gaspard de Laurens, archevêque, les sieurs Giraud et Azegat propriétaires, avaient obtenu de la ville d’Arles le droit de faire recreuser, le bras de Saint-Ferréol (Ulmet) ou du Salin prenant sa source au bord du Rhône, au lieudit l’Aube de Bouic. On voit, que les noms de Saint-Ferréol tout comme celui de la Cappe étaient, pour ainsi dire, des noms génériques s’appliquant indistinctement à tous les anciens lits du Rhône.
A partir de la date de 1624, nous pouvons penser que le Rhône d’Ulmet à cesser de couler régulièrement quelques années auparavant. Les différents propriétaires qui irriguaient leurs terres à partir du bras, ont dû réagir rapidement. Il était impératif pour eux d’avoir un moyen d’irriguer les cultures.
Cette roubine d’irrigation creusée en grande partie dans l’ancien lit du Rhône d’Ulmet. Actuellement, sa connexion avec le fleuve se situe en aval du mas de Beaujeu, lui-même sur la route D36. Il est possible qu’en 1624 la prise sur le fleuve ne fût pas exactement ou la station de pompage est en place présentement.
Le nom de Bouic vient des propriétaires de l’époque la famille Boïc qui possédait un tènement dans cet endroit, des traces restent écrites dans des documents du fond ancien de la médiathèque d’Arles.

Mas de Piquet (n’existe plus.)

1628 : » situé au quartier de Montlong, confrontant en corps d’une part le Rhône, d’autre les terres du mas de Cabanne appartenant à Pierre de Sabatier, d’autres les terres de mas de Boyc , d’autre les terres du petit mas des hoirs de Jean Azegat et le canal de la martellière de l’Aube de Bouic. Ce mas est joint au tènement de Beaujeu. »

Grand mas d’Azegat ou mas Neuf de Roquemaure

« …1646 : inventaire des biens de feu Pierre Quiqueran Beaujeu, dans lequel il parait que la succession consistait entre autres au petit mas dit le mas Neuf de Roquemaure, confrontant les terres du tènement de l’Aube de Bouic… »

 

La roubine de l’Aube de Bouic devait sans aucun doute être navigable. Par contre nous ignorons si la prise d’eau située sur le Rhône permettait le passage de la roubine au fleuve ?

Si c’était le cas, ce devait être carrément une écluse, dans le cas contraire seule une circulation à l’intérieur de la Camargue était possible.

A l’époque du bras d’Ulmet, il devait y avoir sur chaque rive de nombreuses prises d’eau de raccordement permettant l’arrosage et la navigation, il a dû en être de même sur la roubine de l’Aube de Bouic.

 

Des documents, nous donnent des indices pour affiner la date d’atterrissement du Bras d’Ulmet.

Pour indiquer géographiquement la position d’une propriété, le terme « confrontant» qui signifiait jouxter, être proche de…, était utilisé. Cela permet de savoir que lorsque nous rencontrons « confrontant la brassière », c’est quelle toujours en eau, par contre « confrontant l’ancienne brassière ou brassière vieille », le bras est atterri et sans doute en train de se combler.
Pour le bras d’Ulmet , quelques mas qui étaient sur son parcours :

Mas de Guinot

1429 : vente par Isnard à Gilète de Roguoi, veuve d’Isnard d’Aiguières et à Gassente femme de Jean de Quiqueran, confrontant mas de Beaumond et la brassière de la Cappe (bras d’Ulmet)
1586 : investiture dudit mas en faveur d’Henri Giraud, situé en Camargue quartier de Montlong, lieu-dit St Jean de Fumières, confrontant d’une part la brassière de la Cappe (bras d’Ulmet) tirant à Aumet (Ulmet), d’autres terre de Louis Sabatier d’autre le pati de la Julliane et d’autres terres de Gabriel de Varadier St Andiol jadis unies avec celles de Giraud.
F A M A

Mas de la Tour de Vazel

 

1404 : » mas de Vazel, confrontant le pati du Vaccarés, la draille de Canoy, le mas de l’abbaye de St Césaire dit de Canoy, gabin entre deux, la brassière de la Cappe (bras d’Ulmet), le chemin d’Ulmet, les terres d’Antoine Comte, draille entre deux allant de la brassière de la Cappe au pati du Vaccarés ».

 

1599 : » Testament de Catherine Rénouard ou Léonard femme d’Honoré de l’Estang de Parade par lequel elle lègue ce que François de l’Estang son fils le mas appelé la Tour de Vazel alias de Parade, jadis appartennat à son mari et sur lequel elle à été colloquée le 17 avril 1588. Il est situé en Camargue Majour, confrontant d’une part la brassière de la Cappe (Bras d’Ulmet) d’autre l’étang du Vaccarés, d’autre le mas de Fielouse et d’autre le mas de feu Gabriel de Varadier St Andiol (mas de Guinot) jadis de feu Bernard dit Guinot. »
source:F A M A

Mas de Fiélouse (ou Granouillet)

1462 : » échange par lequel Bertrand Porcellet sieur de Fos reçoit du chapitre une terre dépendant du mas de St Vincent de Canoy enclavée dans le terroir du mas dit de Thora dudit Porcellet. Confrontant de toutes parts ledit mas de la Thora et la brassière du Rhône (bras d’Ulmet) »

 

1545
« Reconnaissance par ledit Camaret du mas dit de la tore ou Vazel, près de la brassière et du Vaccarés ».
source:F A M A

Mas de la Tour de Vallat

« …le 12 octobre 1512, pour ses terres et pâturages, au lieu dit Mesuargues, d’une contenance de 30 sétérées, confrontant au chemin public d’Ulmet, à « …l’abreuvage joignant la brassière,… ».
Source : suivant l’étude de Gautier-Descottes d’Avignon, en 1879.

 

Pour le bras de ST Ferréol :

Mas de Valériole

1403 : « achat de cens dur ledit mas en Camargue lieu dit Gageron, confrontant roubine de Bertrande et Jaunette Porcellet, terre des Chapellanies, chemin de Villeneuve, afar de Jaunette dite l’amour, chemin allant à la Brassière (Montlong) et chemin allant à Coronel.
1608 : achat par Mr Nicolas de Valériole médecin d’un tènement de terres en Camargue quartier de Montlong, confrontant du levant terre de Jean d’Azegat marchand, du couchant la brassière vieille…
Cet exemple est parlant, en 1403 la brassière est encore active, en 1608 elle ne l’est plus « brassière vielle ».

source:F A M A

DSC02499Le mas de Valériolle sur le bras de Montlong

 

Tour de Vallat - CopieCertains mas sur le parcours du bras d’Ulmet

Il est donc probable que le bras d’Ulmet, a cessé d’alimenter les diverses ramifications (roubines, fossés) entre 1590 et 1617, pour être remplacé en 1624 par la roubine de l’Aube de Bouic.

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