Les anciennes glacières de Pont de Crau

Avertissement de l’auteur.

 L’ensemble des pages que vous allez lire, ne sont qu’une partie de l’étude réalisée sur le sujet, de nombreuses rubriques ne figurent pas, d’autres sont tronquées.

 

En Provence l’emploi  de la glace est ancien, mais peu répandu avant le 17 eme siècle. Comme une mode, après de longues périodes où on l’emploi  peu, le phénomène nous revient par l’Italie. Nos voisins ont environ un siècle d’avance sur nous dans son utilisation.

Certaines contrées, comme la région de d’Aix, Marseille, nous précèdent à leur tour de quelques années. Le massif de la sainte Baume, de par sa situation géographique  avec une altitude de 700 à 900 m permettait l’approvisionnement

et le stockage en hiver dans des puits à glace. Rapidement le commerce fut florissant grâce à la faible distance entre les lieux de production et de  consommation.

La proximité de l’Italie favorise le transfert de technologie, aussi bien dans l’art de construire des glacières et des puits à glace, que dans le commerce et aussi l’artisanat.

A la fin du règne du roi Louis XIII en 1642, deux marchands marseillais obtiennent l’exclusivité de vendre de la glace dans leur ville pour 10 années. Peu à peu la pratique s’étend, d’abord dans les villes, dans les villages, un embryon de négoce apparaît. Les propriétaires sont des avocats, artisans, bourgeois en petit nombre au début. Au fil des années, quand la ferme des glacières apparaît en 1648, une dame Magdeleine de Gaillard de Venel obtient du roi le privilège de construire des glacières et de faire le commerce de la glace dans le pays de Provence sans les terres adjacentes (Arles en fait partie).Mauvaise foi, interprétation erronée ? La dame fait un procès à la communauté d’Arles pour avoir donné l’autorisation d’en construire, alors qu’elle n’a soit disant pas autorité.Le conflit s’arrête en 1665 avec un accord entre la ville et la dame, par acte du 26 mai 1665, la communauté d’Arles rachète le privilège pour en faire une ferme.

A partir de ce moment, un véritable commerce apparaît, l’aspect des villes, des villages, des mas change dans le pays d’Arles. De grandes toitures coniques recouvertes de roseaux pointent vers le ciel, elles ont souvent plus de six mètres de hauteur. Elles recouvrent d’énormes fosses cylindriques ou tronconiques permettant de stocker la neige ou la glace. Ces cavités pour certaines, avaient jusqu’à 8 mètres de diamètre, autant de profondeur.Les propriétaires des grands domaines sont les plus  nombreux à posséder une glacière, c’est pour eux un élément de prestige et de confort, qui complétait l’agrément de leur demeure. Les quartiers de la commune d’Arles, la Crau, le Trébon, le Plan du Bourg ainsi que la Camargue voient à leur tour la floraison des glacières, soit creusées dans le sol, soit en élévation dans les endroits marécageux.

Les glacières de la communauté d’Arles à Pont de Crau

La communauté d’Arles en 1673 décide d’augmenter le nombre des glacières lui appartenant. A ce moment-là elle en possède déjà cinq. Cette décision découle d’une importante augmentation de la consommation de glace ou de neige qui ne cesse de s’accentuer depuis le début de la deuxième partie du 17 eme siècle. Les consuls veulent pouvoir soulager les très nombreux malades et en même temps, en ayant fait une ferme des glacières augmenter les bénéfices en demandant une rente plus importante aux différents fermiers. Il est à souligner que dans les baux des fermiers il est stipulé que le commerce de la glace est « d’utilité publique », les nombreux marais de la plaine du Trébon, du Plan du Bourg et de la Camargue font que beaucoup de gens ont des fièvres.

Nous savons que la décision est prise par les consuls, de construire de nouvelles glacières, mais l’endroit retenu reste la décision du fermier du moment. Celui-ci décide d’en construire une en ville au quartier de la Rouquette, l’autre à la campagne au lieudit  Pont de Crau, situé à l’est de la ville, proche de l’étang de Peluque, il est obligé de faire l’avance de la somme, elle lui sera remboursée à  la fin de sa ferme. La décision, est incluse dans le bail à ferme passé le 9 novembre 1672 à Mathieu Pichot bourgeois de la ville pour une durée de 9 années.

Dans son bail il est indiqué :

« …des deux glacières restantes que conformément a l’offre dudit Pichot la dite

communauté doit encore faire faire pourl’utilité de la dite ferme, et dont l’avance en doit par luy estre faite sauf d’en estre remboursé a la fin de la tenue sans intérests a esté convenu et acordé qu’il n’en sera présentement fait qu’une

au boulovard de la rouquette*, lieu indiqué parledit fermier, et que l’autre ne se faira que lorsqu’il en requerra messieurs les consuls, toute fois en

un endroit propre et commode tant a la communauté qu’au dit fermier… »

 *Rouquette : actuellement quartier de la Roquette au sud de la ville.

ACA 9 novembre 1672

 

La réunion du conseil du 13 février 1673, la décision est prise définitivement. Elle sera construite dans une terre acquise par la communauté, prés de l’étang appelé de Peluque ou du grand Clar.

1Carte de Cassini 18 eme siècle

2Carte du 17 eme siècle (collection personnelle)

 

3Emplacement des deux glacières de la communauté d’Arles

 

« …en ayant esté requis et indiqué de faire et construire une au Pont de Crau prés de l’estang de Peluque… »

A C A 1673

 

La terre, plantée de vignes est achetée à un nommé Astruc. Elle a une contenance d’1 sétérée (environ 2600 m²) pour la somme de 200 livres. Le maçon est désigné, et la somme qui lui sera allouée aussi.

« …et ensuite baillé le prix fait de la construction de ladite glacière a Pierre et Antoine Escot, père et fils mestres maçons moyennant la somme de 640 livres…

…le conseil a unanimement approuvé ledit contract d’achep de la cestérée de vigne, ensemble celui du prix fait de ladite glacière et dellibéré qu’il l’approuve a son entier… »

A C A  1673

 

Nous n’avons pas de texte relatant la construction de cette glacière, ni devis ni descriptif. Par contre, quelques années plus tard, les consuls décident de faire la seconde, pour celle-ci les documents sont nombreux et détaillés. Il semble que les deux furent identiques.

Quant au choix du lieu il est étonnant, pour quelle raison aller construire si loin de la ville ? Seul avantage, la proximité de l’étang pour récolter la glace.

La forme de la cuve n’est pas normale, d’habitude elle est beaucoup plus profonde, au moins du double. Il est probable que ce manque de profondeur est dû à la rencontre du tuf qui est très dur et qui avec les moyens de l’époque devait être extrêmement difficile à traverser.

dsc04302Plan de la Glacière d’après le devis descriptif

L’ouvrage terminé, les consuls désignent des experts (contrôleurs et arpenteurs) pour vérifier la bonne exécution des travaux.

 

« …rapport sur la réception de la glacière.

En 5 livres 10 sols baillés aux sieurs Suby et Chambareau pour reste de 10 livres 6 sols que se montent leurs vaccations et de l’arpenteur du rapport qu’ils ont fait sur la visite de la glacière nouvellement constuicte par Escot… »

A C A 1673

 

Comme convenu, une seconde glacière va être construite, tout proche de la première, celle-ci ne fait partie du bail du sieur Pichot. Un traité est élaboré, comprenant le descriptif précis de l’ouvrage, le maçon est choisi, les divers aménagements et le prix.

Dans ce genre de document, un grand nombre de renseignements permet au chercheur de découvrir les termes techniques utilisés dans notre région à cette époque.

«…Traité en messieurs les consuls et Thomas Pellissier cabannier pour la construction d’une glacière en crau.

Le vingt huit septembre mil six cent septante quatre, messieurs les consuls de ceste ville d’Arles ont baillé a prix faict a Thomas Pellissier cabannier dudit Arles, a construire une glacière en crau proche celle quy feust construicte en l’année mil six cent septante deux et le suivant, les articles sur ce dernier. Scavoir que ladite glacière aura quatre cannes et demy de diamètre a la couronne et sera crusée quinze pans despuis le terain jusques au fond du peyrollet et eslevée avec la terre dont elle sera crusée jusques au niveau de l’autre glacière joignant laquelle celle cy doibt estre construicte en façon que l’entrée des deux glacières fasse une platte forme de dix huit pans de largeur chacune des coronnes en ayant neuf de large despuis le pied du canceau du couvert jusques au bout du dessous et de deux pans despuis le pied dudit canceau jusques au bout du dedant.

La grille sera faicte aux bonnes planches bois de chaine cinq pans et demy sur le fond du peyrollet soubstenue par une muraille de pierre sèche de trois pans despesseur bastie seullement avec bon mortier a chaux et sable demy pan a sa superficie affin de pouvoir lier le poutre quy la soubstiendra. Lequel sera aussy de chaine d’un tier de pan despesseur pour le moins, remplissant le reste dudit peyrollet de peyre sèche et sera le plancher percé et cloué a l’ordinaires. Ladite grille aura 13 pans de diamètre de sorte que le talus du dedans de ladite glacière sera suivant le diamètre de la coronne et de ladite grille. Le couvert sera faict en pavillon comme l’autre avec bon bois et sagne recevable attachés avec bon clous et fiches, bonnes condorces posées un pan un menu de l’un de l’autre,les canceaux font douze de deux au pan en telle quantité qu’ils ne soyent esloignées l’une de l’autre sur la coronne que de trois pans, ils seront au gros bout tout a qu’y sera entéré et enchassés sur des pierres de taille de 2 pans en carré, enfoncés de deux bon pans terre massonnées dessouls et aux environs. Et sera ledit couvert eslevé vingt huit pans a prendre depuis le centre du diamètre de la coronne jusques au haut. Les murailles des costés de la poutre seront de pierre de taille bastyes et sur des aiz de chesne, et il aura deux portes dont celle du dessous sera doublée et se fermera avec une bonne serrure posée par dedans. Sera faict deux encoules pour monter et descendre qui partiront despuis le chemin jusques a la coronne affin quelles ne soient pas s’y rudes que celle de l’autre glacière et auront pour le moins huit pans de coronne d’un bout a l’autre. Les canceaux du couvert seront encore soubstenus par dedans par huit pièces de bois qu’y croiseront ledit couvert despuit le haut jusques a une canne prés de la coronne. Le talus du dehors de ladite glacière sera d’1 pan et demy pour partie  et commancera ledit Pelissier de travailler a la glacière lundi prochain pour laquelle luy sera payé par messieurs les consuls la somme de sept cent cinquante livres… »

A C A  1674

peluquePlan de Peluque en 1845 (collection personnelle)

Il apparaît, que les deux glacières de Pont de Crau ne furent pas gérées de la même façon que celles situées en ville. Dés le départ, un prix dérisoire pour la construction de la première, il semble que la glacière fut construite comme l’on dit « à l’économie », la pratique du  moins disant était largement utilisée pour les taches données aux artisans par la communauté d’Arles.

Cette façon de faire va entraîner immanquablement des réparations. La période choisie par la communauté pour effectuer les travaux, n’est pas la meilleure. Au mois de Mars, la glacière devrait être remplie de glace depuis plusieurs mois et fermée jusqu’au début du printemps.

Il s’agit dans le document ci dessous, de la réparation de la couverture de la glacière la plus ancienne construite en 1673, nous sommes en 1675 et déjà des travaux importants sont nécessaires, généralement, une toiture faite en roseaux, tient environ une vingtaine d’années.

« …Quittance faicte par Louis Nicolin cabannier.

L’an mil six cent septante cinq et le sixième jour du mois de Mars, estably en personne, Louis Nicolin cabannier de ceste ville d’Arles, lequel a confessé avoir receu de messieurs les consuls gouverneurs d’Arles un mandat addressant a Jean Rousset bourgeois trésorier des deniers communs de la somme de 45 livres a laquelle par escriture privée attachée contre ledit mandat les sieurs consuls ont convenu avec luy de reffaire le couvert de la première glacière que ladite communauté a faict faire en crau il y a quelques années. S’estant servy de tous les matériaux quy estoyent sur le lieu plus de celles que lesdit sieurs consuls avoyent déjà achepté pour faire ceste réparation qu’ils ont faict porter sur le lieu ayant ledit Nicolin fourny tout les ganaux, clous, coudes, fils d’arain et toutes autres choses neuve pour rendre ledit couvert et les poutres et serrures a son entière perfection ,comme est celluy de la glacière neufve faicte auprés de la susdite a quoy ledit Nicolin est satisfaict duquel mandemant se contente … »

A C A  1675

 

La quittance suivante, nous informe qu’un arpenteur contrôle le travail fait par le maître maçon, qui vient de revêtir de pierres de taille l’intérieur de la glacière la plus ancienne. Comme indiqué plus haut, depuis le début, la décision et l’élaboration du descriptif des travaux a été mal fait, entraînant des surcoûts. Au départ les consuls ont dus croire que la nature du sol (le tuf) aurait évité l’emploi coûteux de pierres de taille. De fortes pluies ont fait tout ébouler.

« …a Jacques Estivier arpenteur juré qu’est 30 sols moytyé de 3 livres pour avoir recognu le revestir faict a la première glacière de Crau par Jean Labatut maistre masson … »

A C A  1675

 

En réalité, les termes du contrat du fermier Pichot ne furent pas respectés à la lettre. Une glacière devait être construite au boulevard de la Roquette, mais elle n’a jamais vue le jour. Nous en ignorons la raison exacte, est-ce une décision prise sans concertation ? Sachant qu’en 1653 une glacière fut construite  à l’intérieur des remparts du boulevard de la Roquette. Malheureusement elle fut abandonnée moins de 5 années plus tard, elle ne conservait pas la glace.

Les consuls ont du s’en souvenir après avoir passé le bail au fermier.

C’est donc à côté de la première que la seconde fut construite.

roquetteEmplacement de la glacière de la Roquette

 

Le même document, apporte des précisions supplémentaires.Tout d’abord que les deux glacières étaient très proches l’une de l’autre, ensuite que la communauté d’Arles a respecté sa part du contrat en faisant construire la seconde glacière.

« …et 2 livres pour avoir arpanter une cestérée et demy en crau de jacques Imona ou la communauté a faict faire une nouvelle glacière auprés de la susdite, comme elle sestoyt chargée envers le fermier des glacières par contract de la ferme. Revenant le tout a la somme de 14 livres 3 sols 6 deniers duquel mandemant se contente… »

A C A 1675

 

Après avoir chemisé (revêtir) la fosse de la première glacière, de pierre des carrières de Fontvieille, de nouvelles réparations coûteuses sont à faire pour pouvoir l’utiliser. Elles s’élèvent à presque le quart du prix baillé aux maçons. La tâche ayant été donnée à deux maîtres cabanier, elle devait concerner forcément la couverture et l’évacuation des eaux de pluie autour de la glacière. Sachant que les glacières étaient en général butées de terre, il devait s’agir d’un travail important de charroi et de terrassement. Nous allons voir que les femmes travaillent aux mêmes tâches que les hommes. Elles furent très souvent employées sur les chantiers ou il faut déplacer de la terre. Comble de malheur, le travail terminé, les pluies détruisent l’ouvrage. Est ce un manque de technicité des divers intervenants ?, un mauvais entretien ?

« …Quittance faicte par Guillaume Estourneau et Thomas Pelissier cabanier.

L’an mil six cent septante cinq et le troisième jour du mois de janvier, establys en personne Guillaume Estourneau et Thomas Pelissier cabanier de ceste ville d’Arles lesquels ont confessés avoir receu de messieurs les consuls gouverneurs dudit Arles un mandemant adressant a Jean Rousset bourgeois trésorier des deniers communs, de luy payement de la somme de 147 livres 19 sols pour les journées tant d’hommes et de femmes employés a la réparation de la vieille glacière que la communauté a en crau, particulièrement mantionnés au rolle attaché contre ledit mandat quoyque lesdites réparations ayant esté inutile, les pluyes survenues ayant trouvé la besogne frèchement faicte ayant bouleverssé comme appert dans la quittance publique que lesdit Estourneau et Pélissier ont faicte ce jourd’huy de ladite somme de 147 livres 19 sols duquel mandemant se contentent… »

A C A 3 janvier 1675

 

Lors du conseil municipal du 13 janvier 1675, les consuls entérinent la délibération du 8 octobre 1674, qui autorise la construction d’une seconde glacière à pont de Crau.

« …plus l’approbation du prix faict qu’ils ont donné le 8 octobre dernier d’une seconde glacière en crau, tout proche de la première au prix de sept cent cinquante livres suivant la délibération faicte aux enchères publiques laquelle somme a esté payée par le fermier des glacières sauf de son remboursement sur la dernière rente de sa ferme conformément au pacte et son bail… »

A C A  1675

 

Le conseil suivant du 23 janvier 1675, les consuls délibèrent sur les réparations faites par le maçon à la première glacière. Il semble que les glacières de Pont de Crau ont eut tous les malheurs possibles.

« … plus le prix faict donné aux enchères publiques par acte du trois de ce mois a Jean Sabatier maistre macon pour revestir d’une muraille d’un demy bugon pierre de taille de fonvieille la première glacière faicte en crau. Attendu que nonobstant ses réparations faicte a icelle pour la remestre en état après l’éboulement arrivé par l’innondation* du mois de novembre dernier qui a cousté a la communauté 149 livres. Elle s’est esboulée une seconde fois. Ceste besogne a esté donné a 7 livres 18 sols la canne, en sera payé par ledit fermier des glacières. Il sera remboursé sur la dernière rente de son contract… »

*voir le poème joint  de N Saboly

A C A  1675

 

Le 3 mars 1675, les consuls parlent encore des malheurs arrivés aux glacières. Ils n’hésitent pas à parler de déluge des eaux du mois de novembre 1674. Il est tout à fait possible que l’étang de Peluque soit monté jusqu’à l’emplacement des glacières qui étaient situées juste au dessus du chemin allant à Barbegal.

« …revestir de pierres de taille a la glacière première de crau.

Messieurs les consuls ont remonstré que le déluge des eaux arrivé jusqu’au pieds des glacières de crau, avoit sy fort gaté la première glacière qui avoit esté faicte il y a quelques années, que après avoir despancé beaucoup pour la réparer tout cela n’ayant et n’en servy. Ils ont esté  contraint de la faire revestir de taille, cette despence mise aux enchères furent délivré a Sabatier maistre maçon a monté 296 livres 14 sols 10 deniers, qui ont esté payées par le fermier des glacières de la communauté qui en a voulu faire       sauf de son remboursement sur sa rente de la dernière année de sa ferme sans intérets. Comme après l’acquit que ledit Sabatier en a le 24 février dernier outre a pour reffaire le couvert ou chappe de la glacière après paye de la communauté a Nicolin cabanier 45 livres remboursé, le conseil approuve cette despence comme .

Et le payement qui en a esté faict.. »

A C A   3 mars 1675

 

Le fermier du moment se nomme Mathieu Pichot,  il a passé un bail de 9 années avec la communauté d’Arles, de la fin 1672 à 1681. Il est bien entendu que tous les frais découlant des deux  glacières de Pont de Crau sont à sa charge remboursable par la communauté sur la rente de la dernière année de sa ferme et sans intérêts. Pourtant en 1675 il ce fait rembourser une somme alors que sa ferme théoriquement se termine en 1681.

Il s’agit de travaux suite à un évènement exceptionnel, une sorte de déluge.

« …quittance faicte par Mathieu Pichot bourgeois fermier des glacières de ceste ville d’Arles.

L’an mil six cent septante cinq et le dernier septambre estably en personne ledit Pichot lequel confesse avoir receu de messieurs les consuls un mandat adressant a françois Esparvier bourgeois trésorier des deniers communs pour avoir de luy payement de 36 livres pour son remboursement de journées  qu’il a payé aux journaliers qui ont travaillé aux réparations des glacières de crau quy avoient esté gastées par les pluies concistant en un double attache… »

A CA  1675

 

 

Conseil du premier décembre 1686

« …A esté convenu entre messieurs les consuls gouverneurs de ceste ville d’arles et les fermiers des glacières, que les deux glacières du boulevard de Digne, celle du boulevard de Marcanou et une de celles de Crau, ensemble les deux gardettes servant pour le logement de ceux qui font la débite de la glace, pour raison desquelles les dits sieurs consuls et fermiers estoient en contention seront prixfachiées et réparées a frais communs tant pour les frais desja faicts que pour ceux qui restent a faire, scavoir celle de Crau, celle du boulevard de marcanou et l’une de celle du boulevard de Digne qui esy la plus endomagée, sera faite avec pierre de taille d’un queiron en forme ronde de quatre cannes de diamètre a la même place et construite a plomb avec une grille au fond d’ez de chaine soustenues par des queirons bruts. Comme aussi a esté convenu que la ferme des dites glacières sera prolongée pour quatre années aux mesmes prix pactes et conditions du contract de bail de présent, lequel subsistera en tous ses chefs et conditions et encore pour ladite prolongation, le tout soubs le bon plaisir de monsieur l’intendant sans lequel la présente convention sera de nul effet .La présente transaction n’ayant autre effet que pour le rétablissement des glacières endommagées et pour finir les prétentions rapportées des parties exprimées en trois diverses instances formées pardevant monsieur le lieutenant despuit environ deux mois, desquelles les dites parties départent réciproquement s’entrequitant aussy réciproquement  de tout les frais par elle faits, promettant de rédiger la présente escriture en contract public a la réquisition de l’une des parties.

faict audit arles le vingt novembre mil six cens quatre vingt six.

D’Ubaye Vachien consul      Chartroux consul    Ripaud consul    Borel Jehan »

A C A 20 novembre 1686

 

Extrait du bail de Mathieu Pichot

 « …et pour le regard   des deux glacières restantes que conformément a l’offre dudit Pichot la dite communauté doit encore faire faire pour l’utilité de la dite ferme, et dont l’avance en doit par luy estre faite sauf d’en estre remboursé

a la fin de la tenue sans intérests a esté convenu et acordé qu’il n’en sera présentement fait qu’une au boulovard de la rouquette, lieu indiqué par

ledit fermier, et que l’autre ne se faira que lorsqu’il en requerra messieurs les consuls, toute fois en un endroit propre et commode tant a la communauté

qu’au dit fermier… »

 

Une quinzaine d’années plus tard, nous apprenons qu’en 1689 une redevance est payée pour la terre des glacières de Crau.

« …demy lods payé aux bénédictins de montmajour pour une terre des glacières de crau… »

A C A  1689

 

Encore quelques années après, une somme est payée pour de nouvelles réparations. Elles concernent une seule glacière. La seconde n’est sans doute plus utilisée. Nous apprenons que l’emplacement était entouré de murailles.

« …8 livres 2 sols 6 deniers passées par ledit Carriol pour autres réparations faictes a la glacière… »

« …nous avons de plus veu la glacière construite sur ladite terre considéré icelle en sa bonté valeur et heu lesgard que dessus nous l’avons estimée a 60 livres revenant les prix des susdits batimans terre et muraille de cloture a la somme de 798 livres 4 deniers… »

A C A  1692

 

Nous trophime de Someire escuyer et antoine Raybaud notaire royal, estimateurs modernes et jurés de ceste ville d’Arles, verbalement comis et nommés par messieurs les maire et consuls de ceste dite ville aux fins d’estimer le fonds de la terre occupé par les glacières que la communauté avoit faict construire cy devant proche de l’estang du pont de crau nous nous serons ce jourd’huy en compagnie de monsieur laurens Jehan notaire royal un des  dits sieurs consuls portés en crau et sur le fonds ou les dites glacières avoient esté construites, l’une desquelles est encore en état et l’autre tout a fait perdue que nous avons veu confronter du levant vigne de monsieur paul antoine Granier docteur en médecine, du midy vigne de  Astruc et de……. ,du couchant terre Montmazet et du septentrion, le chemin, et après avoir bien et duement visité ledit fonds  faite considération a la despense qu’il conviendra faire pour l’aplanir et a ce que ledit fonds qui a esté acquis par ladite communauté comme servile envers la pitancierie de montmajour sous les censes de 25 sols n’est pourtant chargé que d’une pention desdits 25 sols dont le fonds est  extinguible nous  l’avons estimé et estimons a raison de 112 livres 10 sols la cestérée mesure de dextre. La pierre et bois de la glacière non compris dans notre estime.

N’ayant fait faire aucun arpentage dudit fonds qui doit contenir suivant ladite acquisition une cestérée cinquante neuf dextres susdite mesure parce que nous nous sommes apercus que les dits Astruc et Montmazet deux voisins se sont avancés et faict planter des vignes et hayes dans ledit fonds et que par concéquent ledit arpentage ne doit être fait qu’en présence desdits voisins ou iceux apellé et que dailleurs en rendant ledit fonds il faudra laisser une draille pour aller aux propriétés qui sont restées audit Astruc et Montmazet pour leur usage telle que mesdit sieur maire et consuls trouveront a propos ce qui par concéquant diminura ladite contenance.

Et tel est notre raport que nous faisons selon le deu de nos conseiances retenant pour le louage de nos chevaux et dépance de bouche 5 livres.

A arles le treize juin 1698, signé Someire Raubaud remis au graffe le

Vingt quatrième octobre mille six cens quatre vingt dix huit signé

Isnard Substitué.

Isnard

A C A  1698

 

La fin du XVII eme siècle, va voir la l’arrêt de l’exploitation des glacières de la communauté à Pont de Crau. Sans doute le mauvais choix de l’emplacement au départ, des constructions trop sommaire entraînant de nombreuses et coûteuses réparations.

« …une terre située en crau quartier de la Coste Basse distante d’environ ½ lieu de la ville. De la contenance d’un cestérée 59 dextres 2/3 mesure de dextre acquise par la communauté suivant l’acte de Mr Aulanier (notaire)

le 3 dec 1672 pour y contenir quelle fin pour lors deux glacières lesquelles ont esté abandonnées attendu qu’on a reconneu quelles n’estoient d’aucun usage. Confrontant ladite terre du levant vigne du sieur Paul Antoine Granier docteur en médecine, du midy vigne des heoirs de pierre Astruc du couchant de Claude Mille et du septentrion le chemin public relevant de la directe du monastère St Pierre de Montmajour soubs la censive annuelle de 13 sols 2 deniers… »

A C A  1699

 

Au fil des années qui vont suivre, dans divers documents le clos des glacières de Pont de Crau va être cité.

« …nous avons encore veue, visités et canner, la roubine du cousté du couchant despuis les terres de la glacière jusque a la robine du midy qui faict l’entrée de beauchamps, ce trouve contenir 469 cannes longueur

(956 m) partir de ladite robine 3 cannes ½ de largeur… »

A C A  1700

 

Au début du XVIII eme siècle, dans une estime des biens de madame Françoise Xavier de Fallet de Beauchamps, la terre des glacières est toujours indiquée. Il semble quelle fasse partie du patrimoine de la famille de Beauchamps.

« …par le mesme rapport appert que le dit sieur Dubaye fut colloqué sur la terre de Beauchamps suivant l’estime qui en fut faite et sur les terres dittes des glacières pour en jouir le 1er septembre 1703 et comme lesdites terres des glacières sont sujettes au payement des tailles se montant a 60 livres 12 sols et 10 deniers… »

A C A   1710

 

Malgré la cessation d’activité des glacières de Pont de Crau, les arpenteurs continue à évoquer l’emplacement des glacières de la communauté dans leurs rapports, comme repère géographique.

« …terre a la coste base, confrontant du levant les glacières de la communauté de ceste ville, du midy draye allant aux vignes… »

ACA  1717-1718

 

L’ETRANGE DELUGE

 

Noël en provençal de Nicolas Saboly (1)

 

L’étrange déluge

Notre seul refuge

Mon dieu c’est vous

Ayez pitié de nous.

 

Dans notre rivière                                                Dans nos maisons

On ne trouve plus le fond                            Nous mourons tous de faim

Les eaux sont sauvages                               Nous perdons la vie

Elles recouvrent la terre                                        Faute de pain

Notre bonne ville                                         A un tel désordre

En a bien sa part,                                        Le vice légat

Elle semble une île                                       Vient mettre bon ordre

Comme la Sicile                                          Nous avons de quoi mordre

Au milieu de la mer.                                    Nous sommes ses obligés.

 

 

Cent mille pistoles                                       Monsieur de Libelli (3)

Ne suffiraient pas pour payer                          Qui est notre pasteur

Monsieur d’Anguissole (2)                           Nous montre son zèle

Le vice légat :                                               Son cœur, son amour

Il va de porte en porte                                 Ses pauvres ouailles

Pour nous secourir                                                Le voient très bien

Il est toujours par chemins                          Pendant qu’il travaille

Les gens comme lui                                      Et quand il leur donne

Ne doivent pas mourir.                                Son or, son argent.

 

1)  Ce Noël fait allusion à l’inondation de 1674, due aux crues conjuguées                                          du Rhône et de la Durance.

  • Charles d’Anguisciola, vice légat de 1673 à 1676.
  • Hyacinthe Libelli, archevêque d’Avignon de 1673 à 1684.

 

Les glacières des particuliers à Pont de Crau

 

Le petit nombre de glacières peut sembler dérisoire, mais il ne faut pas oublier qu’au 17 eme siècle, le village n’existe pas, seuls quelques mas s’étirent sur la route de la Coste basse. La liste n’est évidemment pas exhaustive.

 Huart : dit de Florent.

Ce mas s’appelle actuellement, les Tourades, situé du côté gauche sur la route de la Coste basse en allant de Pont de Crau vers Barbegal, à environ 3 km.

Dans la classification appliquée au 19 eme siècle, ce mas est situé dans le quartier du Trébon, la Crau commençant au bord du plateau appelé « la Coste Haute ».

Le mas Huart était situé au bord de l’étang appelé, de Peluque ou grand Clar qui au 17 eme et 18 eme siècle, avait une très grande superficie malgré le dessèchement des marais du Trébon.

« … ce mas situé à la coste Basse confronte du levant, olivets jadis du sieur Nadal, et terre et cabanne d’André pescheur, du Midi le chemin de la coste Basse, du Couchant olivet de la Dlle Besson, et du Nord marais dépendant dudit ténement, commun avec Bourget…. »

 

                                                                                                           ACA 1803

 

 Le 27 avril 1684  Florent Huart achète à Joseph Bemouin des marais,

En 1700, il en achète de nouveau à Pierre Gazille, pour agrandir son patrimoine.

En 1803, le mas est possédé par Jean Huart bourgeois, la superficie de ses terres et marais est d’environ 30 hectares.

En 1845 l’étang avait encore une étendue d’environ 250 hectares.

L’étang de Peluque ou grand Clar, était loué à des pêcheurs qui avaient leurs cabanes au bord de l’étang.

Florent Huart, était un bourgeois, maître orfèvre, il fut consul de la ville d’Arles en 1701.

 …monsieur Florent Huart, autre consul, une glacière a son mas de Crau proche l’estang de Peluque… »

ACA  1701

 

Barracan

 

Le mas de Barracan, évoqué dans les textes du 17 eme siècle, semble être celui ayant actuellement le même nom, situé à la coste haute Pont de Crau sur le plateau, à environ 3 km de l’agglomération, au Sud du mas des Tourades (anciennement mas Florent).

Dans les documents, le sieur Barracan, est le premier hoste* du logis d’Arles qui paraît s’être intéressé à la glace. Possédant lui-même une glacière à son mas, très tôt, il est cité dans les documents liés au commerce de la glace.

Déjà en 1655 nous apprenons qu’il a passé un accord avec les consuls de la communauté d’Arles.

*tenancier d’une hostellerie.

« …messieurs les consuls ont remonstré l’accomodement qu’ils ont fait pour raison des glacières tant audit Tranal, quy a celles qui sont construites au boulevard de Marcanou (marcheneuf) ou de Digne qu’avec François Barracan propriétaire d’une glacière qu’il a fait a son mas de Crau.. »

ACA  1665

Si vous désirez en savoir un peu plus sur l’histoire des glacières du Pays d’Arles, voir sur le même blog « les petites histoires du Pays d’Arles ».

« Les anciennes glacières du Pays d’Arles du 17 eme à la fin du 19 eme »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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