Les dommages collatéraux de la peste de 1720/1721 à Arles

Le fléau arrive à Arles 6 mois après la ville de Marseille qui est reconnue officiellement le 1er août 1720, et va causer la mort d’environ 10 000 habitants, sur 23 000.

La ville s’organise, constitue un bureau de santé qui devra mettre en place un certain nombre de mesures pour enrayer l’épidémie. Les connaissances médicales de l’époque sur un tel fléau sont insignifiantes, pour enrayer la propagation, on va procéder comme on la fait depuis au moins le 14 eme siècle, avec les moyens du bord.

C’est avant tout une restriction considérable de la circulation des êtres humains et des animaux. La ville et les villages de la commune sont fermés, des infirmeries dans différents lieux à l’extérieur de la cité sont mises en place. Pratiquement plus aucun déplacement n’est toléré, la traversée du Rhône est interdite aux mariniers, les portes d’accès de la ville sont gardées etc…

La maladie étant dans la cité, dès qu’une personne était déclarée atteinte, quelques fois même une simple suspicion de contagion, engendrait la désinfection des lieux.

Des extraits d’un traité volumineux de la peste vont nous donner une idée, « des précautions qu’on doit prendre pour arrêter les progrès de la peste »

« …Les dites maisons seront marquées d’une croix blanche pour signe de la désinfection, et les clés en seront remises à celui qui aura été préposé par le bureau de santé.

Les habitants de ces maisons n’y pourront rentrer qu’après qu’il leur aura été donné un parfum dans les maisons particulières du dehors qui auront été choisies pour cette opération, et on ne pourra le donner à un grand nombre à la fois. La composition de ce parfum, et la manière de le donner, seront ajoutées ci-après, et il sera donné une marque ou cachet particulier à tous ceux qui auront eu le parfum, qui le remettront au dépositaire des clés de leur maison, ou il pourront rentrer ensuite, et faire rapporter les meubles qui auront été désinfectés pendant la quarantaine, et les matelas , paillasses et draps qui leur auront servi pendant ladite quarantaine, après qu’ils auront été lessivés, ainsi qu’il est porté ci-dessus.

Les rues de toutes les villes, bourgs et villages, seront nettoyés avec soin pendant qu’on nettoiera et désaffectera les maisons. On brulera tout ce qui aura été jeté hors les maisons qui sera combustible, et on transportera au-dehors, dans des fossés qu’on fera exprès, toutes les ordures qui ne pourront brulées. On fera bruler dans les rues des herbes odorantes, qui se trouvent dans les garrigues voisines de toutes les villes et lieux ; après quoi, la désinfection étant faite, ainsi qu’il est prescrit, il en sera donné des certificats authentiques, signés des magistrats municipaux et visée des commandants qui sont dans chaque ville et lieu, pour être ensuite ordonné comme il appartiendra, sur la liberté de la communication et du commerce

Composition du parfum pour les personnes.

Feuilles de laurier, de thym, de lavande, de sauge, de romarin de rhue* Tabac, stoechas arabique*.

Semences d’anis, de fenouil, de cumin.

Graines de genévrier, racine d’iris de Florence et encens.

Quand on n’aura pas quelques-unes des plantes, ou semences aromatiques qui entrent dans sa composition, on peut y substituer celles qui croissent dans chaque pays, comme par exemple, la sabine, l’origan, et le calament, au lieu de ce qui pourrait manquer, en observant à peu près les mêmes doses.

L’on mettra en poudre grossière les feuilles, les grains, les racines, et l’encens ; ensuite on mêlera bien le tout ensemble.

Ce parfum sera donné dans une chambre commode, de laquelle on aura soin de boucher toutes les ouvertures. On y mettra un brasier au milieu, ou dans un coin ; on y fera entrer les personnes ; on y jettera dans le feu une quantité suffisante de la composition ordonnée, pour faire une fumée bien épaisse ; on fermera ensuite la porte, que l’on ouvrira cinq ou six minute après, pour laisser sortir les personnes qui auront été parfumées… »

*ruhe : plante vivace du groupe des aromates.

* stoechas arabique : Stoechas ou Stoechas arabique, (Mat. méd.) cette plante croît abondamment en Provence & en Languedoc; c’est des îles d’Yeres & des environs de Montpellier qu’on la tire, principalement pour l’usage de la Médecine.

 

Il y eu une multitude de recettes pour le parfumage des gens et des maisons. Deux exemples pratiqués à Arles :

Pour les maisons.

15 livres  de souffre, 15 de poudre à canon, 7 de poix résiné, 7 de poix noire, 14 de graines de lierre, 14 de graine de genièvre, 25 de son torréfié.

Pour les personnes.

4 poignées de graines de genièvre, 2 de rue, 2 d’écorce intérieure de bouleau, 3 de savignier, 2 de corne rappée de bouc, 2 de corne rappée de cheval, 8 livres de feuilles de chêne, 2 livres de myrrhe rouge. Couper et mêler ensemble. Mettre en portion sur un brasier en milieu de la chambre ou on placera les personnes qu’on veut désinfecter.

Dans la cité d’Arles, plus de 1100 maisons furent « parfumées » avec quelques fois des dommages importants. Connaissant la façon de procéder pour le « parfumage », il s’agit bien sûr de dégâts par incendie, mais à aucun moment les textes officiels en font mention.

 

Archives communales d’Arles

Conseil du 29 décembre 1721

Le conseil a délibéré d’écrire a monseigneur l’intendant pour le prier de permettre qu’au premier conseil on procède a l’élection des dits auditeurs suivant l’usage. Sur les prétentions de Mlle d’André et autres particuliers qui ont receu du domage par l’abatement qui se fit en parfumant de la maison de la Dlle d’André et M Ganteaume avocat de la communauté a donné son avis par lequel il estime que ladite Dlle d’André et ces particuliers sont fondés a demander un dédommagement pour les pertes qu’ils peurent avoir souffertes tant en leur maison que meubles et autres effets. Messieurs les consuls ont regardé cette affaire assés importante pour ne s’en tenir pas d’abord a cette décision. Ils ont été bien aisés de la poser au présent conseil pour y délibéré.

Faire consulter sur l’abattement de la maison de la Dlle d’André lors du parfumage.

Le conseil a unanimement délibéré de consulter de nouveau deux avocats d’Aix conjointement avec le dit sieur Ganteaume et pour cet effet Mr Depiquet est prié au premier voyage qu’il faira a Aix de faire faire cette….consulte pour icelle étant rapportée au premier conseil etre délibéré ce qui de raison.

 

Conseil du 12 juillet 1722 

« …l’abbatement de la maison de la Dlle Guiraud en la parfumant causé par l’imprudence des parfumeurs, ayant fait la matière d’un procés avec cette Dlle, avec madame de Boisverdun, M Chabran, M le chevalier Augarde et M Barberoux dont les maisons ou attenantes ou voisines de celle là ont été endommagées lors de sa chute, messieurs les consuls ayant fait consulter cette affaire par des avocats d’Aix, et leur sentiment n’étant pas favorable a la communauté, ,ils ont traités d’accommodements avec ces particuliers, et les conditions font que moyennant la somme de quinze cens livres, neuf cens cinquante livres  sont pour la batisse de sa maison et cinq cens cinquante livres pour le prix des meubles qui ont été perdus, elle se départ de toutes prétentions contre la communauté. La dame de Boisverdun et le sieur Chabran se départent aussy moyennant que la communauté leur fasse remettre leurs maisons dans leur premier état quittant au profit de la communauté les rentes qui sont échues depuis l’abatement jusqu’à la St Michel prochain, comme aussy les dépens. Et les sieurs Augarde et Barberoux moyennat les deux tiers des sommes qui leur sont adjugées par le rapport de M Ganteaume du seize juin dernier et des dépens.

Le conseil a unanimement délibéré d’accepter les propositions d’accomodement offret pour le Dlle Guiraud, la dame de Boisverdun, le sieur Chabran, le sieur Augarde et le sieur Barberoux dont les maisons avoient été abattues ou endommagées par l’imprudence des parfumeurs.

Conseil du 27 avril 1722

Messieurs les consuls ont aussy exposé qu’ayant consulté M Ganteaume avocat au sujet de la maison de la Dlle Guiraud qui s’est abattue en la parfumant, il leur a conseillé d’accomoder cette affaire.

Le conseil a unanimement délibéré conformément a l’avis de M Ganteaume.

 Dans l’affaire ci-dessus, il s’agit de maisons dont les propriétaires sont des nobles ou des bourgeois, qui avaient les moyens de se défendre, à aucun moment les délibérations des différents conseils de la communauté ne parlent d’autres maisons. Les dégâts aux habitations du petit peuple devaient sans doute se traiter de gré à gré.

Bien entendu, les remboursements que la ville doit donner aux sinistrés, vont être financés par une redevance, qui sera différente pour les grandes ou les petites habitations.

 

 

 

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